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Trois jeunes filles ont accepté de nous faire
partager leur univers, leurs préoccupations,
leur vision du monde. Des adolescentes à la fois
banales et exceptionnelles, car rares sont celles qui
osent s'exposer dans cet univers où les filles
qui parlent risquent gros.
Loin des faits divers, leur témoignage au quotidien
peut nous aider à comprendre les mentalités,
à la source de cette violence.
Comment ces jeunes filles, victimes ordinaires du sexisme,
peuvent accepter cette situation, voire, être
actrices de leur propre oppression.
Sabrina, Sara et Déborah sont trois adolescentes
qui vivent à quelques kilomètres les unes
des autres, en Seine-Saint-Denis. Elles ne se connaissent
pas.
Sabrina, 15 ans, est considérée dans son
milieu comme « une fille bien » : une jeune
fille sage, qui respecte ses parents, obéit à
son grand frère et ne fréquente pas les
garçons.
Déborah elle aussi a 15 ans. Dans son monde,
ce sont les garçons qui font la loi. Alors elle
veut être comme eux, « un bonhomme »
comme on dit dans sa cité.
Sara, 17 ans, est désignée par tous comme
« une fille pas fréquentable », «
une pute » disent même certains. Trop féminine,
trop libre, pour être acceptée dans son
quartier.
Trois jeunes filles, ou plutôt trois images,
trois stéréotypes qu'on retrouve dans
chaque quartier.
A priori tout les oppose, pourtant, elles racontent
la même réalité : le regard des
autres, le sexisme latent, le jugement omniprésent,
dans leur quartier, à l'école, et même
parfois en famille.
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La
« réputation » est au coeur des préoccupations
de ces jeunes filles. Il faut avoir bonne réputation
pour être respectée et acceptée.Une
réputation de pute, c'est presque la mort sociale
pour une adolescente : elle se fait insulter constamment.
Les « filles bien » ne veulent plus la fréquenter
ou ne peuvent plus le faire car leur frère ou
leur père leur interdit. La réputation
de leur amie devenue « pute », peut en effet
rapidement rejaillir sur elles. Au contraire, la réputation
de bonhomme jouit d'un certain prestige : ce sont les
seules filles traitées d'égal à
égal par les garçons.
Ces jeunes filles vivent dans une schizophrénie
permanente, partagées entre ce que leur milieu
leur impose d'être, et ce qu'elles aimeraient
devenir. Faire un pas de travers peut leur valoir cette
fameuse réputation qui les fige dans un rôle,
leur colle une image à la peau.
Schizophrénie aussi parce que multiplicité
des modèles : dans ces banlieues, la culture
musulmane est très présente, et très
valorisée même chez les enfants d'origine
chrétienne. Et le modèle de la femme définie
par la culture musulmane n'est pas forcément
compatible avec celui valorisé par la société
occidentale.
Partagées entre révolte et acceptation,
Sara, Sabrina et Déborah vivent au quotidien
ces ambiguïtés. D'un côté,
il leur faut apprendre à devenir des individus,
libres et autonomes, dans une société
démocratique, et de l'autre, il leur faut respecter
les règles du quartier, devenir des filles soumises
pour ne pas être rejetées par leur communauté.
Quelles femmes seront-elles demain ? |